Rencontre :: Michael Ferire

Michael Ferire

Cette semaine, c’est Michael Ferire qui répond à mes questions.
C’est une grande joie pour moi qu’il ait accepté, car du haut de ses 25 printemps, le Monsieur maîtrise son sujet. J’ai beaucoup de respect pour lui et son travail.

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- Quel genre de photographe es-tu ?

Je ne me définirais pas comme un photographe mais avant tout comme un portraitiste. J’essaie de comprendre qui sont les gens que je dois photographier. Ce qui fait leur différence par rapport à n’importe quel autre être humain en termes de parcours, de réflexion, de sensations, etc. Ce qui m’intéresse ce sont les gens, bien plus encore que la photo. Je commence toujours par tenter de comprendre, par une rencontre. C’est indispensable dans mon fonctionnement. Cet aspect humain est central. Chaque détail est photographié dans cet esprit.

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Pour moi, la photo n’est qu’un outil au service de l’humain, un moyen plus qu’une fin. Je pense que mieux on comprend les autres, plus les photos auront du sens. En ce sens, la photo n’est qu’un langage au service d’un discours.

- Est-ce ton métier ?

Oui. En fait, j’ai vraiment du mal à le réaliser. Aujourd’hui je suis payé (puisque c’est comme cela qu’on définit un métier) pour faire ce que j’aime. Je pense que c’est un luxe. J’en suis conscient.

- Qu’est-ce qui t’attire dans la photographie ?

Ce qui m’attire a beaucoup varié au fil du temps. Au début, j’étais attiré par le matériel, puis par les milieux dans lesquels je pouvais entrer grâce à la photo. J’aime également l’idée de figer un moment important, de rendre mon image importante pour quelqu’un. Aujourd’hui, ce qui m’attire avant tout c’est la capacité à entrer en contact avec les autres pour tenter de les comprendre.

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- Pourquoi avoir choisi de travailler en argentique ?

C’est difficile de dire pourquoi mais, à mon sens, la recherche est toujours plus importante que la découverte, l’intention plus louable que le résultat. J’aime l’idée d’une boite noire car elle oblige vraiment à être centré sur soi et sur ce qui se passe plus que sur un rendu, un résultat final. Cette transition est donc plus basée sur un ressenti et une cohérence dans l’évolution de ma démarche que sur une volonté liée à un résultat particulier que seul l’argentique permettrait d’atteindre. Beaucoup de photographes travaillent en numérique et font un travail que j’admire.

La manière de capter les choses me semble aussi plus honnête en argentique. Il faut que le photographe prenne un risque. J’ai pris l’habitude de considérer que, pour être surpris positivement, il faut accepter le risque. Je ressens vraiment ça avec l’argentique. Recevoir mes images bien après avoir déclenché me permet d’être impressionné. Je découvre des images magnifiques qui semblent exister en dehors de moi. C’est comme d’être admiratif du travail de quelqu’un d’autre, sauf que c’est moi qui ai fait ces images. C’est, pour moi, cela la magie de l’argentique : être à nouveau ébloui pour ses propres images.

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On pourrait dire que j’ai fait un tri : je veux moins de post-prod, moins d’écran entre les gens et moi, plus de temps accordé à la rencontre,… On peut penser que c’est anecdotique mais, cela a changé radicalement mon rapport à l’autre et à l’image.

- Quel matériel utilises-tu ?

Un moyen format argentique 6×4,5 (Contax 645) et un Mamiya RZ67. Encore un peu de numérique avec un Canon 5d MKIII et les optiques 24mm, 50mm et 85mm en L.

- Où fais-tu développer tes photos ?

Mes images sont développées chez Carmencita Film Lab, en Espagne. Ce labo fait un travail incroyable. 95% de mes images me reviennent impeccables. Cela limite considérablement le nombre d’heures derrière l’ordinateur. Je me concentre sur la photo en sachant que le reste suivra parfaitement.

- Quels films utilises-tu le plus ?

Avec le Contax, j’utilise essentiellement du Portra 400 en 220. Cela permet un rapport à l’image intéressant car on fait 32 images avec une pellicule. C’est pour moi l’idéal pour commencer à raconter quelque chose en reportage. Pour des séances un peu plus posées je passe souvent en 120 (16 images) car cela correspond assez bien à la dynamique d’une séance de ce type. Travailler avec le Mamiya est très contraignant. Il est lourd, peu maniable et on ne fait que 10 images par pellicule (souvent aussi en Portra 400 120). Je l’utilise pour des images plus construites.

Pour certains usages spécifiques je vais vers le porta 160 qui permet d’avoir un rendu optimal sur le peaux. Je fais parfois du noir et blanc quand les conditions l’imposent (essentiellement Ilford HP5 et Kodak Tmax)

- Qu’est-ce qui est différent, selon toi, dans les images argentiques ?

Je ne suis pas persuadé qu’il y ait vraiment une différence. C’est moi qui suis différent. Il m’est arrivé de shooter des événements avec du numérique et de l’argentique en même temps. Bien souvent, les deux sont complémentaires mais, en tout cas, on pourrait jurer que les conditions étaient radicalement différentes. Je pense que mon oeil n’est pas attiré par les mêmes choses, la gestion du temps n’est pas la même, l’anticipation, la tolérance,…

Bref, la question n’est pas tellement « qu’est ce qui est différent dans les images argentiques ? » mais bien plus « qu’est ce que cela change dans le rapport à l’image ? ». Et ça, c’est radical. Après, le grain, la dynamique, le piqué, dans les faits, cela a des limites aussi.

- Quelle sont tes inspirations ?

Mes inspirations sont variées. Bien souvent, elles viennent de domaines qui n’ont rien à voir à priori avec la photo. Je pourrais citer Simon Sinek (anthropologue et publicitaire), Noam Chomsky (linguiste, philosophe et, par extension, neuropsychologue et plein d’autres choses),…

De manière générale, j’ai de l’admiration pour les gens qui ont su combiner la technique et l’humain dans une approche qui s’inscrit en opposition avec ce qui se fait habituellement. A un niveau purement visuel, j’admire le travail de Jonathan Canlas et Annie Leibovitz. Là aussi, une attention portée à la rencontre et l’authenticité.

- Quels sont tes domaines de prédilection ?

J’aime traiter de ce qui est caché. Je suis fasciné par l’idée de rendre présent en l’absence. C’est un peu le but de la photo : faire exister des objets qui ne sont pas physiquement présents. Mes domaines de prédilection sont donc bien souvent des domaines du paraitre ou je tente de restaurer une forme d’humanité, de faille et d’imperfection. Aujourd’hui, je fais du backstage de défilés de mode, de concert,…

Je définirais ma manière de fonctionner en mariage de la même façon. Selon moi, je fais du backstage de mariage. Mes thématiques préférées sont le stress, la passion, l’humilité, le travail,…

- De quelle manière composes-tu tes photos ?

Au niveau pratique, je suis un maniaque de la composition mais cela se fait sans trop de calcul. J’aimerais souvent être plus libre, moins contraint par l’équilibre. C’est souvent une chose contre laquelle je lutte notamment quand je veux montrer une forme de tension dans une image. Mes compositions sont aussi majoritairement horizontales (même si cela semble changer un peu avec l’argentique).

Je travaille beaucoup sur la notion de point de vue. J’aime me placer à un endroit et observer les différents plans, comment ils créent des ruptures, des paradoxes, des mondes parallèles ou des harmonies. Je travaille beaucoup avec les ouvertures que peuvent créer les portes ou les fenêtres. Ce sont des éléments riches pour composer, suggérer, faire ressentir,…

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On m’a fait remarqué dernièrement une certaine récurrence dans la manière d’agencer les plans et les lignes verticales dans mes images mais je pense que je n’ai pas suffisamment de recul pour voir tout cela. J’aime travailler avec les reflets, les ombres, les flous, faire se confondre corps et décors,…

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- Si tu travailles avec des modèles, les diriges-tu beaucoup ?

Je ne dirige quasiment jamais. Je pense qu’on obtient une image, une attitude en ne la demandant pas. Je vais donc demander des choses qui sont secondaires dans l’obtention de l’attitude recherchée, créer un contexte dans lequel la personne peut évoluer, parfois même de manière très différente que ce que j’avais imaginé initialement. Parfois, l’attitude obtenue ne correspond pas du tout à celle que je cherchais. C’est souvent ces images qui sont les plus intéressantes.

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Pour cette image, par exemple, je voulais une attitude de conquérant. On est à 2 minutes du premier show d’une tournée. Le moment est intense. J’aime cette forme d’attente, l’émotion impassible qui se dégage de cette image. Elle est quasiment la représentation de ce qu’elle n’est pas. 

- Retouches-tu beaucoup tes images ?

J’aurais tendance à dire que non mais tout dépend au fond du projet. La retouche est une étape indispensable parfois. J’envisage la photo non pas comme une réalité mais comme un moyen d’illustrer le réel. En ce sens, la retouche est indissociable du processus photographique. Elle n’est pas un moyen de travestir le réel puisque l’image n’a pas vocation à copier le réel.

Ce qui est vrai par contre c’est que ma démarche me pousse vers la simplicité tant au niveau des poses, que pour la gestion de la lumière et le travail des images. En ce sens, je n’ai pas d’attirance particulière pour la retouche mais je ne le vois pas comme un interdit. Dans certains cas, retoucher une image permet de la rendre plus simple et plus vraie. Ce sera toujours ce critère qui déterminera l’usage ou non de la retouche dans mon travail.

- Que penses-tu du « tout le monde est photographe ? »

Je suis entièrement d’accord avec cette phrase et, pour moi, c’est une chance. C’est même plus que cela. Aujourd’hui tout le monde est LA PHOTOGRAPHIE. Au même titre que nous devenons d’autres médias. Les médias n’existent plus en dehors de nous mais nous véhiculons l’information. En être conscient est primordial. C’est vrai pour tous les métiers ou presque. Le professionnel n’a plus le monopole de la maitrise de son outil.

Je ne pense pas que les bons photographes misent sur la maitrise d’un outil. Et, quand on réfléchit à l’histoire de la photo, elle s’est imposée comme un art lorsqu’elle s’est détachée de son côté purement technique. Au fond, un photographe aujourd’hui aura plus de chances d’être choisi pour ce qu’il est et pour son oeil puisque chacun est capable de faire usage de la technique. C’est une opportunité pour redonner de l’âme à la photographie et au photographe.

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